Achgabat s'étire entre le massif du Kopetdag et les sables du Karakoum, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière iranienne. La capitale turkmène est une ville jeune, née d'une conquête militaire sur un carrefour caravanier ancien. Son passé tient moins dans une croissance continue que dans une série de ruptures, dont un séisme qui a effacé presque tout le bâti.
À une quinzaine de kilomètres à l'ouest se dresse Nisa, l'une des résidences des rois arsacides et l'un des grands ensembles parthes conservés d'Asie centrale. Les abords de la ville portent les traces de Konjikala, une bourgade viticole de la route de la soie mentionnée au tournant de notre ère, ruinée par un tremblement de terre, relevée, puis détruite au XIIIe siècle. Au début du XIXe siècle, les Tekke de la branche Ahal établissent dans l'oasis des villages semi-nomades, dont celui qui donne son nom à la future capitale.
La bataille de Gökdepe, en janvier 1881, met fin à la résistance tekke face aux troupes du général Skobelev. Quelques jours plus tard, le génie militaire russe implante un poste fortifié en bordure de l'aoul, avec une citadelle et un quartier résidentiel ceint de murs. La convention signée avec la Perse en septembre de la même année fixe la frontière et confirme le rattachement de l'oasis à l'Empire russe. Le plan en damier tracé alors se lit encore au centre.
La voie transcaspienne atteint Askhabad en 1885 et fait du poste un relais commercial actif. La population passe de quelques milliers d'âmes à la fondation à un peu moins de vingt mille habitants au recensement de 1897. Une bibliothèque publique, des écoles et un premier central téléphonique accompagnent cette croissance. La ville devient le chef-lieu de l'oblast transcaspien et attire des marchands arméniens, persans et russes attachés au négoce du coton et du tapis.
En juillet 1918, une révolte de cheminots renverse le soviet local et installe un gouvernement transcaspien hostile aux bolcheviks, appuyé un temps par un corps expéditionnaire britannique venu de Perse. L'expérience tourne court et l'Armée rouge reprend la ville en 1919.
La cité reçoit en 1919 le nom de Poltoratsk, en mémoire d'un dirigeant révolutionnaire tué l'année précédente. Le découpage national de l'Asie centrale en fait, en 1924, la capitale de la République socialiste soviétique turkmène. Le nom d'origine est rétabli en 1927 sous la forme russifiée Achkhabad.
Dans la nuit du 5 au 6 octobre 1948, un séisme d'une magnitude estimée à 7,3 détruit presque intégralement une ville bâtie en brique crue. Le bilan officiel soviétique, longtemps arrêté à quelques dizaines de milliers de morts, a été révisé après l'indépendance et les estimations vont de cent mille à cent soixante-dix mille victimes, soit une très large part des habitants. Un nouveau plan directeur est adopté dès 1949. La reconstruction donne une capitale provinciale de faible hauteur, aux immeubles standardisés et aux larges avenues plantées.
L'indépendance proclamée en octobre 1991 ouvre une seconde reconstruction. Sous la présidence de Saparmyrat Nyýazow, des entreprises turques et le groupe français Bouygues élèvent ministères, palais et monuments revêtus de marbre blanc, dans un vocabulaire qui mêle coupoles et colonnades. Le centre administratif glisse vers le sud, au pied du Kopetdag. Gurbanguly Berdimuhamedow, au pouvoir à partir de 2006, poursuit ce programme par lotissements numérotés et par de grands équipements livrés pour les Jeux asiatiques en salle de 2017.
Le périmètre municipal s'élargit en 2013 puis en 2018, et la ville se divise désormais en quatre arrondissements. Serdar Berdimuhamedow, élu en 2022, prolonge la même trajectoire urbaine, avec le chantier d'Achgabat-City au nord. Le marbre blanc demeure la signature de la ville, inscrite depuis 2013 au livre Guinness des records pour la plus forte concentration de bâtiments ainsi revêtus.